Au lendemain de l'armistice de 1918 la France n'est plus qu'un immense chantier de deuil et de gravats où dix départements du Nord et de l'Est ont été littéralement effacés de la géographie.
Face à cette détresse humaine absolue des millions de civils reviennent vers des villages qui n'existent plus et s'installent dans des abris de fortune ou des caves inondées. Sous la pression de l'opinion publique et de figures comme le député Albert Lebrun futur président de la République qui devient l'un des grands techniciens de la reconstruction l'État français doit improviser une réponse à la hauteur d'un cataclysme qu'aucun budget n'avait prévu. La loi du 17 avril 1919 portée par le ministre des Finances Louis-Lucien Klotz et soutenue par l'énergie de Georges Clemenceau marque alors un tournant historique car elle arrache la reconstruction au domaine de la charité pour en faire un droit inaliénable du citoyen envers la patrie.
Pour financer ce gouffre financier alors que le Trésor public est exsangue l'élite politique mise tout sur le futur traité de Versailles. Des diplomates et économistes comme André Tardieu ou Étienne Clémentel travaillent d'arrache-pied pour que l'Allemagne soit déclarée seule responsable et donc seule débitrice de cette facture colossale. En attendant ces fonds qui tardent à venir l'État crée le Crédit National sous la direction de Charles Gide qui devient le pivot financier de la survie des régions dévastées. On demande alors aux Français qui ont déjà tant donné de prêter encore leur argent par des emprunts nationaux massifs dont les affiches couvrent les murs de Paris. C'est un effort de guerre qui se poursuit dans la paix où chaque épargnant devient le banquier secret de la reconstruction d'une ferme ou d'une église.
Sur le terrain administratif la mise en œuvre de la loi est un calvaire de lenteur pour des sinistrés qui vivent dans la boue. Des commissions cantonales se multiplient pour évaluer les pertes sous l'œil de magistrats et d'experts comme l'architecte Paul Léon qui doit juger si une maison en brique de 1914 vaut désormais trois ou quatre fois son prix en 1920. Le propriétaire est pris dans un étau bureaucratique car pour toucher son indemnité il doit se plier au principe du remploi qui l'oblige à reconstruire sur place sous peine de ne percevoir qu'une somme dérisoire. Cette contrainte voulue par les élites pour éviter l'exode rural provoque des drames personnels pour ceux qui auraient voulu refaire leur vie ailleurs. Dans ce chaos des milliers de dossiers s'accumulent et les retards de paiement poussent les plus démunis vers des usuriers et des intermédiaires véreux appelés dommagiers qui rachètent les droits à réparation pour une fraction de leur valeur réelle.
Sur le terrain administratif la mise en œuvre de la loi est un calvaire de lenteur pour des sinistrés qui vivent dans la boue. Des commissions cantonales se multiplient pour évaluer les pertes sous l'œil de magistrats et d'experts comme l'architecte Paul Léon qui doit juger si une maison en brique de 1914 vaut désormais trois ou quatre fois son prix en 1920. Le propriétaire est pris dans un étau bureaucratique car pour toucher son indemnité il doit se plier au principe du remploi qui l'oblige à reconstruire sur place sous peine de ne percevoir qu'une somme dérisoire. Cette contrainte voulue par les élites pour éviter l'exode rural provoque des drames personnels pour ceux qui auraient voulu refaire leur vie ailleurs. Dans ce chaos des milliers de dossiers s'accumulent et les retards de paiement poussent les plus démunis vers des usuriers et des intermédiaires véreux appelés dommagiers qui rachètent les droits à réparation pour une fraction de leur valeur réelle.
Le sort des locataires est tout aussi précaire bien que la loi tente de les protéger avec une audace sociale rare pour l'époque. Des parlementaires comme Aristide Briand veillent à ce que le droit au maintien dans les lieux soit respecté afin que les ouvriers et les petits artisans ne soient pas chassés par la reconstruction des centres-villes. Cependant entre le texte de loi et la réalité des chantiers le fossé est immense et de nombreuses familles doivent patienter des années dans des baraquements en bois fournis par le ministère des Régions Libérées. Parallèlement l'État utilise cette tragédie pour imposer une vision moderne de l'urbanisme sous l'influence de réformateurs comme Henri Sellier. On profite de la destruction totale pour imposer le plan Cornudet qui oblige les maires à redessiner leurs communes avec des rues plus larges et des normes d'hygiène strictes. C'est une véritable lutte contre la montre et contre la misère que mène une administration souvent débordée mais portée par une volonté politique de fer qui finira par transformer ce désert de décombres en une vitrine de la modernité industrielle française des années trente.
À l'ombre des hauts fourneaux de la vallée de la Moselle la cité de Pont-à-Mousson se réveille en 1918 comme un corps supplicié par quatre années de canonnades incessantes car sa position stratégique au pied de la colline du Mousson en a fait une cible privilégiée pour l'artillerie allemande. La ville n'est plus qu'un amas de ferraille et de pierres calcinées où les célèbres fonderies de la Société de Pont-à-Mousson dirigées par l'emblématique Camille Cavallier ont payé un tribut industriel effroyable. Pour cet industriel de génie qui refuse de voir son empire s'éteindre la loi du 17 avril 1919 devient l'arme juridique absolue pour exiger de l'État non seulement la réparation des murs mais la reconstitution de l'outil de production. Cavallier et ses ingénieurs préparent des dossiers techniques d'une précision chirurgicale pour les commissions cantonales de Meurthe-et-Moselle afin de prouver que chaque machine-outil et chaque mètre de rail détruit doit être remplacé par une technologie de 1919 supérieure en rendement à celle de 1914.
Pour la population mussipontaine le retour d'exil est une plongée dans l'indigence la plus totale où l'on retrouve parfois sa maison du centre-ville réduite à une simple cave à ciel ouvert. Le locataire de la rue Victor-Hugo ou de la place Duroc qui a tout perdu dans l'incendie de son immeuble se tourne vers l'administration pour réclamer l'indemnité mobilière prévue par la loi. Des témoignages de l'époque rapportent des scènes de désespoir devant les guichets de la mairie provisoire où de simples ouvriers doivent justifier de la possession d'un buffet ou d'une literie disparue sous les décombres pour obtenir quelques bons du Trésor. Le petit commerçant dont la boutique de mercerie a été pulvérisée par un obus de gros calibre doit quant à lui prouver la perte de son stock et de son achalandage devant des experts souvent soupçonneux qui traquent la moindre tentative de fraude ou de gonflement des inventaires de guerre.

Le propriétaire foncier qui louait ses appartements aux employés de l'usine se retrouve dans une position ambivalente car s'il reçoit les fonds pour rebâtir il subit la pression de la loi Cornudet qui impose à la ville de Pont-à-Mousson un nouveau plan d'alignement. L'architecte départemental et les édiles locaux voient dans ce désastre l'occasion d'aérer les quartiers médiévaux trop denses et d'imposer des normes d'hygiène modernes avec des fenêtres plus larges et un accès systématisé à l'eau potable. Pour le propriétaire c'est un casse-tête administratif car le principe du remploi l'oblige à réinvestir ses indemnités dans une construction neuve qui respecte ces nouvelles contraintes urbaines sans pour autant pouvoir augmenter les loyers de ses anciens locataires protégés par le droit de priorité.
Pendant que les juristes et les experts se disputent sur le coût du mètre carré de maçonnerie la Société de Pont-à-Mousson devient le moteur de la survie de la cité. Camille Cavallier conscient que l'usine ne peut fonctionner sans ses ouvriers n'attend pas toujours les lenteurs des versements du Crédit National pour agir. L'entreprise participe activement à la création de cités ouvrières modernes pour loger son personnel dans des conditions dignes loin des baraquements de fortune que le ministère des Régions Libérées peine à fournir en nombre suffisant. C'est une véritable course contre la montre qui s'engage entre l'administration centrale souvent accusée de bureaucratie aveugle et les forces vives locales qui veulent voir fumer à nouveau les cheminées des hauts fourneaux. Cette synergie entre le droit à réparation intégrale porté par la loi de 1919 et le dynamisme industriel de Saint-Gobain et de Pont-à-Mousson SA permettra à la ville de redevenir en moins d'une décennie le cœur battant de la sidérurgie lorraine effaçant ainsi les stigmates d'une guerre qui avait juré sa perte.
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