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dimanche 25 2026

Le Verbe entre Deux Rives : Chronique de la Langue Mussipontaine

Pour saisir l'âme linguistique de Pont-à-Mousson au Moyen Âge, il faut imaginer une langue qui voyage, comme la Moselle, entre deux mondes. Ce n'est ni tout à fait le français de Paris, ni le haut-allemand de la cour impériale, mais un parler roman de l’entre-deux.

 

Au cœur du XIVe siècle, franchir le pont de pierre de Pont-à-Mousson, c’est entrer dans un territoire de paradoxes. Officiellement, nous sommes en terres d'Empire, sous la suzeraineté lointaine d'Aix-la-Chapelle. Pourtant, si vous tendez l'oreille sur le marché de la Place Duroc (bien avant qu'elle ne porte ce nom), les sonorités qui frappent les pavés ne sont pas germaniques. Elles sont romanes, rugueuses et chantantes à la fois.

Le dialecte local est le lorrain roman, le père du futur patois mussipontain. C’est une langue "frontière" qui refuse de choisir. Elle garde en bouche la solidité des racines latines, mais elle se colore de la rudesse du relief environnant.

Ici, on ne parle pas un français de cour, mais une langue d'action. Le marchand de sel qui descend de Marsal ne vous dira pas qu'il est fatigué, il vous dira qu'il est "hâillé". Pour désigner le petit sentier qui grimpe vers la butte de Mousson, il parlera d'une "vôye". La pluie qui tombe sur les vignes du Xon ne tombe pas, elle "trisse" ou elle "drache" contre les volets.

Dans l’ombre de la forteresse des comtes de Bar, qui fait face à la ville, les scribes grattent le parchemin. S'ils rédigent les actes officiels en latin pour l'Église ou en vieux français pour le Duc, ils ne peuvent s'empêcher d'y glisser des termes du terroir. On y lit des mots comme "mance" pour la manche d'un outil, ou "huche" pour le grand coffre à pain.

C’est une langue de bois et de fer, façonnée par le travail de la forêt et de l'eau. Contrairement au gaumais de l'extrême sud, plus doux et influencé par les Ardennes, le parler de Pont-à-Mousson est un parler de carrefour. C'est le point de rencontre entre l'influence de Nancy (plus aristocratique) et celle de Metz (plus bourgeoise et austère).

Ainsi, le bourgeois Mussipontain du Moyen Âge vit dans une dualité fascinante : son allégeance politique regarde vers l'Est germanique, mais son cœur, son esprit et sa langue battent au rythme de l'Ouest roman. Il est l'incarnation de cette Lorraine romane, une île de culture latine protégée par les remparts du Saint-Empire.

Voici un exemple de dialogue qui aurait pu avoir lieu à Pont-à-Mousson à l'époque où l'on parlé le dialecte local : 

 Le Voyageur (un brin fatigué) : « Holà, maître ! Le jour baisse et je cherche l'entrée de l'abbaye. La route est rude depuis Saint-Mihiel, mes bottes sont gâtées par la boue. »

Le Tonnelier (s'essuyant les mains sur son tablier de cuir) : « Vin’ti donc proche, m’fieu ! T’as l’air tout hâillé (épuisé) par la montée. Faut dire que la route, al’ est toute fougneuse (boueuse) avec ce qu’il a chu c'matin. Allez, rentre donc sous l’aîre (le porche), ne reste pas là à t’faire trisser (éclabousser) par les charrettes qui passent. »

Le Voyageur : « Je vous remercie. On m'avait dit que les gens d'Empire parlaient une langue de barbares, mais je vous entends fort bien ! »

Le Tonnelier (riant) : « Ah ! Les gens du Royaume croient toujours qu'passé la Meuse, on grogne comme des ours d'Allemagne ! On est dans le Duché ici, on parle le langage de nos pères, même si le Duc rend hommage à l'Empereur. T’inquiète-m’pâs, on n’est pas des beuillottes (des idiots) ! On comprend le français, même si on y met nos propres couleurs. »

Le Voyageur : « Et pour l'abbaye ? Est-ce encore loin ? »

Le Tonnelier : « C’est tout droit après la vôye (le chemin) qui longe la Moselle. Mais fais gaffe à la clanche (la poignée) du grand portail, elle est dure à virer. Si tu veux, ma gamine peut t’accompagner, al’ est pas mâgre (paresseuse), elle court comme un cabri. »

Le Voyageur (sortant une pièce) : « Tenez, pour votre aide. »

Le Tonnelier : « Garde tes deniers, l’ami. Rentre vite, l'air devient fraidou (un peu froid) et j'entends déjà la grosse cloche qui sonne. Sois pas mâle-asé (mal à l'aise), à Pont-à-Mousson, on accueille toujours celui qui vient en paix, qu’il vienne de Metz ou de Paris ! »

Quelques traces de ce lexique médiéval :

 L'Aîre : L'espace devant la maison (encore utilisé pour désigner la cour).

La Chanatte : La gouttière, mot typiquement lorrain qui survit au temps.

Gôyé : Rassasié, repu de bon vin de pays.

N'hésitez pas à mettre vos mots, vos phrases de patois dans les commentaires ainsi nous partagerons le Dialecte locale d'époque !

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