Le dimanche 1er février s'étirait vers sa fin dans une torpeur hivernale, jusqu'à ce que l'horloge de l'église Saint-Martin ne sonne les dix-neuf coups. Rue des Fossés, au cœur de la cité impériale, le quotidien a basculé dans une dimension où la fumée ne porte pas d'odeur et où la mort s'installe sans bruit.
Tout a commencé par un détail presque invisible, une anomalie dans le décor familier d'un couloir sombre. Un voisin, rentrant de la fraîcheur du soir, a vu sa propre main se figer sur sa serrure. À côté de lui, la porte du numéro voisin n'était plus une porte : elle était devenue un monolithe d'ébène, une surface d'un noir mat, dévorée de l'intérieur par une chaleur invisible.
Il n'y avait ni flammes jaillissantes, ni cris. Juste cette noirceur surnaturelle qui semblait boire la lumière du couloir.
L'alerte est donnée. Très vite, le silence de la rue est déchiré par les sirènes. Quatre engins, douze hommes, les soldats du feu de Pont-à-Mousson, s'engouffrent dans l'immeuble comme on pénètre dans un tombeau.
À l'intérieur, le spectacle défie la logique des incendies ordinaires. Le feu n'a pas cherché à conquérir l'espace ; il est resté tapissé dans la cuisine, tel une entité repliée sur elle-même. Les flammes ont été domptées avec une rapidité chirurgicale, mais l'essentiel était ailleurs.
Au centre de ce décor calciné gisait une femme de 74 ans. Le temps semblait s'être cristallisé autour d'elle. Les secours ont trouvé un corps déjà en arrêt cardiorespiratoire, comme si l'âme s'était envolée bien avant que la première étincelle ne touche les rideaux.
Pendant de longues minutes, les pompiers ont lutté, tentant de ramener la victime de l'autre côté du voile. Mais dans cette cuisine où l'origine du sinistre reste un mystère absolu, la mort a eu le dernier mot. Aucun témoin n'a entendu de craquement, aucun expert ne peut encore dire à quelle heure le premier souffle ardent a commencé son œuvre de destruction.

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